Green Zone ou comment se rappeler que le gouvernement américain nous a bien entubé

Green Zone est dans les salles depuis mercredi dernier et sous ses airs de troisième volet surprise  du duo Damon/Greengrass, on découvre un film acide, férocement critique.

Il fut un temps où la mode cinématographique était de faire des biopics à tout va : Mohammed Ali (Ali, tout simplement), Ray  Charles (Ray, pas plus original), Edith Piaf (La Môme, ah là y’a de l’idée), Johnny Cash (Walk the Line, private joke carrément réservée aux fans)…

Et bien, la mode, ça passe, comme pour les fringues. Tant mieux, je clame : Fellini aurait perdu de sa splendeur s’il avait été copié pendant les 50 dernières années, et on resterait probablement bougon devant un 45ème Parrain. Tout évolue donc et le cinéma ne s’en prive pas. La collection automne/hiver 2009 a déjà amorcé la nouvelle tendance : cette saison sera « thriler politique » ou ne sera pas. Tatatan, comme disait Renaud.

Thriller politique, certes, mais pas n’importe quel sorte. Dans thriller politique, il y a « thriller » et il y a « politique ». Vous prenez le genre thriller et vous y ajoutez de la politique. Bref, vous m’avez compris. Et les Etats-Unis, le thriller, c’est leur domaine, ils aiment ça et le vendent bien. Ce qu’il faut remarquer, c’est le regard amer porté sur la politique nord-américaine. Et là encore, pas n’importe laquelle. Je ne vous le donne pas en mille, c’est trop facile, c’est les années Bush.

Brothers ouvre la marche, avec un drame superbe, qui fait la lumière sur les traumatismes des soldats de retour du front. Longtemps ignoré après la guerre du Vietnam, soulever un tabou si ancré dans la société (taire à tout prix le bourbier du combat) relève déjà du grand progrès.

Dans un autre genre, The Ghost Writer de Polanski n’est pas franchement plus tendre. Les références au « pacte » anglo-américain pour la guerre en Irak crèvent l’écran.

Green Zone surfe sur cette vague alléchante. Le film s’ouvre sur la troisième visite d’une escadrille américaine sur les lieux où se trouvent les supposées armes de destruction massive en Irak. Echec. Interrogations.

L’action rythme le film, les gros bras musclés, les explosions et l’accent texan sont de mise. Mais tout de même. Il semblerait que le regard des réalisateurs se tournent dorénavant vers les faits réels et récents, et les jettent aux yeux des spectateurs pour qu’ils les considèrent enfin ou encore.

Bombardés de nouvelles alarmantes quotidiennement, notre mémoire n’emmagasine plus les drames, ou très peu. L’urgence serait donc de faire des films pour relancer notre hippocampe : les images en sont la solution. Violentes, rapides, ou bien centrées sur un fait précis, elles guident ce qui restera, et réveillent ce qu’on avait laissé de côté.

La mode passera, comme les fringues. Pour l’instant, elle semble bien accrochée, particulièrement aux États-Unis, qui regorgent de gros dossiers. Green Zone met en exergue le souvenir désagréable de ce gouvernement américain qui nous a bien entubé en essayant de justifier son départ en Irak. J’avais presque oublié.

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