La politique du mouvement dans les transports en commun

J’ai dit mouvement ? Pardon, je voulais dire micro déplacement d’air par vos membres. Dès que vos trajets en métro deviennent quotidiens, la notion de transport en commun se mue en un cauchemar sans nom, où vous vous jouez un remix de David contre Goliath (devinez quel rôle vous tenez).

Et là, au milieu de cette masse anonyme, l’observation reste votre seule arme. L’habitude des voyages en transport en commun vous a peut-être ôté cette faculté qu’est la vue, pour ne vous laisser que l’odorat, et c’est bien dommage.

Vous ne remarquez certainement plus ces petits gestes qui transforment totalement votre physique gracieux (si si) en une boule de nerfs cherchant désespérément à découvrir l’existence de nouveaux muscles pour parer l’ennemi.

Premier commandement : La position du robot tu adopteras.

Jambes resserrées et fesses flex, bras le long du corps, vos déplacements se feront « en crabe ». En un rien de temps, vous perdrez une taille de pantalon à rentrer le ventre pour que la rame puisse se bonder encore un peu plus. Là, on n’est pas bien ?

Petite variante pour les bras (oui, il y a quand même du choix) qui peuvent se replier vers le buste pour ne pas risquer de toucher quoi que ce soit, ou pour les novices et obstinés qui cherchent encore à lire pendant la cohue.

Deuxième commandement : « Le sol tu fixeras »

Très bon procédé pour éviter l’haleine du matin des voisins. Excellent procédé pour éviter que l’on n’engage la conversation avec vous. Imparable pour devenir asocial.

J’ai une fois fait le test dans le métro. Un homme parlait à une jeune fille et, oh incongruité ! aucun des deux ne se regardaient. J’ai compté : il a fallu 4 stations pour qu’ils se décident enfin à échanger un coup d’œil. Rapide.

Confronté à un musicien sympa, vous êtes autorisé à lever les yeux, voire à sourire, mais pas à taper des mains, c’est déjà beaucoup trop. Inutile également de vous lancer dans un duo. Reprenez, comme tout le monde, une position sage et blasée dès la fin du morceau.

Troisième commandement : « Pour une place assise tu te positionneras »

Facile, THE place to be dans le métro, c’est évidemment entre les deux séries de quatre sièges. Là, vous pouvez observer qui se rhabille, qui s’agite, signe d’une descente imminente. Et hop, on ne joue pas à « non vous étiez là avant, je vous en prie, asseyez vous Madame« , car personne ne joue avec vous généralement, on y va et on s’assoit.

Et on jubile.

Quatrième commandement : « Des pas de danseuses tu feras »

Vous connaissez forcément ces vendredis après-midi où les valises envahissent les tramways, bus et métro de la ville et vous laissent un peu con avec un pied en l’air, sans savoir ou le poser.

Dans ces cas, évoluez délicatement en tâtonnant du pied les éventuels endroits où vous pourriez vous stabiliser, à la manière d’une danseuse qui amorce un pas de bourrée. C’est beau et cela a le mérite de vous faire esquiver rapidement l’arrivée intempestive d’une autre valise. Hop là, une valise ! Hop là, feintée! Evitez le « dans ta face » qui vous brûle les lèvres.

Cinquième commandement : « Dans la rame sans mec chiant tu monteras »

Là, je vous l’accorde, ça demande de l’expérience. Tout se joue sur le quai : affutez vos mirettes, c’est là que vous trouverez tous vos indices. 

J’ai testé pour vous une nouveauté : le mec bourré un peu clochard qui s’incruste dans un TGV. A 6h du mat. Oui, il avait sa bouteille de rouge. Il a fallu plus d’un quart d’heure de chansons paillardes pour que quelqu’un se lève et aille prévenir la loi du train : le contrôleur SNCF. Arrêt forcé dans un gare pour se délester de l’agitateur.

Si vous mettez déjà en application cette Bible des transports en commun, bravo, vous êtes un vrai baroudeur ! Prochaine étape : Katmandou en trek seul la nuit pendant un mois. Si en plus, vous le faites sans sourire, banco, vous êtes, ou êtes devenu, un vrai Parisien.

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2 commentaires pour La politique du mouvement dans les transports en commun

  1. Velvetshadow dit :

    Haha vraiment excellent et criant de vérité, particulièrement le sacro saint territoire des « sieges qu’on ne peut pas relever », les fameuses places prioritaires à divers types de personnes (femmes enceintes, handicapés, vétérans…)…

    Petite confession : quand une personne d’un certain âge, que je n’ai pas vue (sinon je serais déjà debout), me demande poliment si je peux lui laisser la place, c’est évident que oui, je me lève. Par contre je prends un malin plaisir à exercer mes talents théâtraux à celles qui m’aboient d’office dessus parce que j’ai le malheur d’appartenir à « la jeunesse decadente qui ne respecte plus rien » : « … Vous ne voyez pas que je suis handicapé ? *air outré* ». Radical 😉

    • On devient vraiment ingrats dès que l’on passe la porte du métro, c’est un fait. Je me déculpabilise néanmoins assez rapidement, vu que je réalise à quel point je peux devenir aigrie. Bon ok, c ‘est facile comme théorie, mais ça soulage !

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