« Les mains rouges » (colère, de sang, d’amour)

Certains remarqueront que je suis très axée 70’s en ce moment. Et bien m’sieurs ‘dames, pas qu’en ce moment : il se trouve que je voue à cette période certes une fascination, mêlée d’intrigue et de respect, mais non un aveuglement nostalgique qui serait bien regrettable.

Cette fois-ci, je n’étais responsable de rien. Ce livre m’a été offert. On me pousse à persévérer dans une monomanie probablement barbante, ce que j’accepte volontiers, n’ayant finalement que peu de dignité.

J’ai donc commencé avec goût la lecture de « Les mains rouges » de Jens Christian Grondahl. Tiens, ça sonne un peu Danois tout ça. Bien vu ! L’auteur nous raconte la rencontre entre un jeune étudiant travaillant à Copenhague et Randi, ou Sonja selon ses humeurs et le passeport qu’elle piochera dans sa pléthore d’identités. A peine après avoir fait sa connaissance, Randi disparait de la vie du jeune homme, pour y refaire son apparition, par hasard, quinze ans plus tard.

Vous croyez me voir venir : non, il n’y a pas de roulage de pelles intempestif entre les deux protagonistes. Il ne s’agit pas de cela, même si l’on comprend que l’étudiant ne serait pas contre l’idée. La relation est tout ce qu’il y a de plus platonique et la seule sensualité presque tactile que le lecteur peut ressentir réside dans le partage d’un secret, d’une culpabilité.

Grondahl nous plonge dans cette fameuse époque rebelle, celles des années 70’s, où appartenir à un mouvement social était presque un pléonasme. Prenant appui sur des faits réels (la répression de la manifestation estudiantine à la visite du shah à Berlin, qui fera un mort devenu célèbre : Benno Ohnesorg), l’auteur longe la révolution et ses révolutionnaires, sans jamais s’immerger totalement.

Le temps du récit, on revoit la bande à Baader, on croit entendre de nouveau leurs convictions clamées sous les cris, on se rappelle leurs morts orchestrées en prison. Puis tout de suite, lorsque les images et les préjugés se font évident, il nous les retire, et nous livre l’histoire de Sonja en pâture pour notre imagination.

Sonja ne savait pas ce qu’elle faisait, elle n’a jamais vraiment compris la finalité des actions auxquelles elle a apporté sa pierre, malgré elle. Et pourtant, elle porte le même poids de culpabilité, le même besoin de justice qu’elle revient chercher, inexorablement, croyant à tort que le temps arriverait à effacer ses blessures.

Les phrases sont courtes mais on sent leur besoin d’exactitude, comme pour se rapprocher encore plus de la simplicité de Sonja, qui cherche néanmoins à cadrer cet épisode de sa vie. Amateur de sensationnel, passez votre chemin, ici, il n’est question que contrecoups au sensationnel.

Se souvenir des héros, des leaders est finalement trop facile, et Grondahl a bien compris que la difficulté résidait plutôt dans le récit des gens annexes, qui se sont frottés, et souvent piqués, à l’actualité qui leur fait désormais de l’ombre.

« Les mains rouges » de Jens Christian Grondhal, Editions Gallimard, 208 pages, 14, 90

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