« Bangkok » de James Salter, mais sans la Thaïlande

« Évidemment, cela ne parle pas de Bangkok. »

m’avertissait le mot laissé par mon ami en me l’offrant. Je n’ai pas non plus pleuré de déception, ne sachant pas à quoi m’attendre devant ce recueil de nouvelles. Bangkok, Tombouctou ou Tokyo, cela revenait finalement du pareil au même.

J’ai gardé ce livre pour un moment précieux, un où je ne serais pas fatiguée, ni énervée de ma journée, mais bien prête à boire les paroles que l’on allait me servir sur un plateau d’argent. D’abord parce que la personne qui me l’a offert en connait un rayon sur la littérature américaine. Ensuite, parce que le livre est très mince, et trahit cette puissance d’écriture rapidement ingérable si l’on ne se donne pas au récit entièrement.

En clair, grosse pression.

A première vue, tout était normal. Des personnages, souvent réduits à un homme et une femme, une atmosphère qui se veut intime, presque banale. Puis, d’une petite phrase, au détour d’un paragraphe, tout s’écroule. On comprend qu’une ancienne maitresse refait surface, qu’une euthanasie se prépare, qu’un couple se sépare à cause de l’homosexualité de l’un. Et tout ça d’un naturel désarmant.

_ J’ai eu la stupide impulsion d’essayer autre chose. Je ne savais pas que le vrai bonheur, c’est d’avoir la même chose tous les jours (…).

_ De toute manière, que connais-tu du bonheur ?

_ Oh, je l’ai vécu.

_ Vraiment ?

_ Oui, avec toi.

Il la regarda. Elle détourna les yeux, elle ne souriait pas.

Salter nous plonge dans une vie qui pourrait ressembler à la notre. Immergés dans un quotidien, puis ballotés par les affres de la réalité, nous prenons en pleine face tous ces moments soudain qui, à force de ressemblance, nous troublent et nous dérangent.

Un nouveau maître à ajouter à ma liste déjà longue, aux côtés, excusez du peu, de Faulkner, dont il se rapproche délicatement dans le style. Et ça, pour le Bruit et la Harpie, dont le livre préféré reste année après année le Bruit et la Fureur, ça vaut son pesant d’or.

« Bangkok » de James Salter, Éditions de l’Olivier, 128 pages, 11,50 €

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2 commentaires pour « Bangkok » de James Salter, mais sans la Thaïlande

  1. Coco dit :

    Je cours l’acheter ce soir!

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