Dog Pound : une vie de chien

Kim Chapiron revient dans les salles obscures avec son deuxième long métrage, Dog Pound, sorti depuis mercredi dernier. Une heure et demie où l’on est tenu en haleine, où la tension monte crescendo, à l’instar de notre angoisse.

Kim Chapiron, que j’avais vu à l’œuvre avec l’inclassable Sheitan, ne m’avait pas spécialement convaincu. Non, je ne suis pas honnête : il m’avait franchement fait beaucoup rire par son sujet fantasque transposé dans un décor et une histoire à la limite du plausible, et pourtant très perturbant. Je n’arrive toujours pas à déterminer si Chapiron comptait réellement me faire peur ou m’amuser pendant une heure et demie.

Dog Pound plonge dans l’univers carcéral, environnement prisé par les réalisateurs depuis l’année dernière, avec des films comme Un prophète, Leonera, Pour elle. Chapiron a tout de même trouvé une niche avec Dog Pound (t’as compris la blague ?) dans le film où le terme « prison » est soigneusement évité. Ici, on parle de « maison de correction », car son autochtone est de la tranche du jeune délinquant mineur.

Mais au fond, la différence est purement terminologique. Le fossé avec les protagonistes du film d’Audiard ne se creuse que sur l’âge des personnes concernées. Les lois sont les mêmes que celles que l’on nous propose dans Un prophète : une hiérarchie indétrônable et manipulatrice, un trafic qui engendre un business intra-carcéral, des drames inévitables, et son lot de dépressions nerveuses.

Les plans sont troublants, souvent axés sur le visage de l’un des jeunes délinquants, notamment celui de Butch, le plus nerveux de tous : on apprécie ainsi parfaitement la montée de sa colère et on observe presque craintif ses traits se muer en une véritable rage. Fidèle comme une sangsue à la caméra qui suit les trois personnages principaux, on prend les mêmes coups qu’eux, les mêmes insultes en pleine face, en sachant qu’il ne s’agit pas d’une vulgaire bagarre de rue, mais d’une montagne insurmontable qui les mènera à leur perte.

L’univers certainement plus connu – parce que plus médiatisé – de Romain Gavras transpire à tout bout de champ, rappelant l’époque où le duo lançait « Kourtrajmé » . Les scènes sont rapides, rythmées et laissent voir des images rares : de la réalité crue et dure à avaler, des personnages que l’on n’apprécie que très peu, un univers qui fait vomir.

La chute est palpable et s’approche insidieusement, inexorablement, comme un serpent que l’on devrait regarder ramper pour nous infliger sa morsure. L’exotisme de ces situations que je ne connaitrais probablement, et très heureusement, jamais, est d’une fascination morbide, et comme après un  mauvais rêve, on sort de ce film soulagés que ce ne soit pas notre vie, de près ou de loin.

J’ai pris une claque hier soir devant le défilé incessant et dérangeant de ces images et, plus que jamais, j’ai trouvé indispensable de rentrer à pied pour me laisser le temps de me défaire de cet atmosphère lugubre qui me collait à la peau.

Quand, dans la soirée, je me rappelais le film, il ne me venait qu’un vulgaire « Putain » et une grimace qui me faisait froncer les sourcils. Aujourd’hui, le malaise n’est pas tout à fait parti, signe d’un film réussi, si ce n’est par l’imaginaire proposé par les images, mais au moins par son réalisme. Dans ce cas, il s’agissait des deux.

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