« Faites le mur » de Banksy : docu réalité ou canular bien mené ?

Banksy ? Mais si, vous connaissez, cet artiste britannique qui couvre les murs du monde entier de ses créations originales et surprenantes. Maintenant que vous situez, ajoutez-y « Faites le mur« , le film qu’il a réalisé. Après, l’addition est supposément simple : on fait un film sur sa vie, ses créations, et on se fait un paquet de blé en attirant les pseudos amoureux d’art branchouilles dans toutes les salles obscures du pays.

Mais le documentaire ne se déroule pas comme prévu. Banksy, interviewé dans le noir, ouvre le bal avec cette remarque :

 » C’est l’histoire de ce mec qui faisait un documentaire sur moi et qui est devenu plus célèbre que moi ».

Et ce mec, c’est Thierry Guetta, un gars lambda sans talent particulier. Dès le départ, le détective Hercule Poirot qui sommeille en moi flaire une bague. On me la fait pas à moi. Affublé d’un patronyme qui déjà, le déleste d’une crédibilité notable à mes yeux (oui je sais, on choisit pas ses parents, on choisit pas sa famille disait Maxime Le Forestier, mais soyons sérieux), Thierry Guetta est trop maladroit, trop improbable pour être vrai. Comme un débutant, il renverse pots de peinture et caméras, ne se soucie même pas de choisir les œuvres qui seront accrochées pour sa propre exposition, et enchaîne les bourdes.

Ado retardé toujours armé d’une caméra, il passe son temps à filmer sa famille et ses proches pour rien, sans but, dans le vide. La caméra est l’extension de son être et il en vient à ne considérer le monde plus qu’à travers son écran. On lui crée une biographie criante de vérité où l’on joue sur les cordes sensibles (la mère, sujet intouchable) et où l’on verserait presque une petite larme. Il débute sa « carrière » en suivant les grands artistes de Street Art à Los Angeles, Paris, Londres, sa caméra collée à la main, dans le but de réaliser un documentaire sur le Street Art. Son but ultime : arriver à ajouter Bansky l’intouchable à sa liste. Et il y arrive. Mouais, un peu facile peut-être pour un énergumène pour lui, mais ça passe sans problème.

Au fil de leur collaboration, Banksy demande à voir le documentaire que son acolyte prépare depuis tant de temps. Le résultat est, disons, indéfinissable. Je vous laisse apprécier l’horreur cinématographique que Thierry Guetta a proposé en guise de documentaire. Libre à vous de le regarder ou non, mais il est de mon devoir de vous prévenir : vos yeux et vos oreilles sont susceptibles de saigner à la fin de cet extrait.

Après ce raté monumental, Banksy oriente Thierry Guetta vers la création de ses propres œuvres. Toujours sans personnalité, ledit chienchien s’éxécute, ou plutôt fait exécuter une horde d’assistants, qui se tuent à la tâche afin de réaliser les demandes artistiques de Mr Brainwash. Et c’est là que le film prend sa deuxième dimension, celle de la supercherie inavouée, du canular qui restera probablement secret.

Le succès de Mr Brainwash, pseudo choisi par Thierry Guetta, est outrancier : il pompe en toute impunité toutes les plus grandes influences artistiques de ce siècle (vous en sortirez dégoûté à jamais des Marilyn et Can Soup de Warhol). Célébrité acquise ultra rapidement, Mr Brainwash est à la côté de la plaque et ne sait tout simplement pas gérer sa vie d’artiste puisque, je vous le donne en mille, il n’en est pas un à la base.

Si ce film entier est un canular, il est extrêmement bien mené et semble avoir été réfléchi depuis très longtemps. L’art est moqué, montré du doigt, dénoncé comme une machine à vendre à des prix scandaleux (la scène qui illustre le mieux ce fait reste celle où Thierry Guetta fixe les prix de ses futures œuvres). Puis, ne perdons pas de vue l’essentiel pour l’artiste : ce documentaire est parfaitement bénéfique pour la réputation de Banksy. S’il n’en avait pas franchement besoin, il trouve une nouvelle fois le moyen de reconvertir l’art sous une nouvelle forme, celle de la création d’un personnage, et d’utiliser cette technique de communication pour faire passer un message et mettre en avant ses œuvres et le Street Art.

Si l’existence d’un personnage comme Mr Brainwash est bien réelle, nous n’avons plus qu’un seul espoir en ce jour du naissance du Seigneur : implorer sa miséricorde et  préserver le monde de l’art des futures frasques de Thierry Guetta. Amen. En attendant, on peut toujours consulter sa page Wikipédia, preuve non négligeable d’une certaine notoriété atteinte sur le net, qu’il s’agisse d’un personnage fictif ou non.

Quelque soit la réponse, peu importe : le film est bon, hilarant et tellement bien ficelé qu’il vous sera appréciable, une fois n’est pas coutume, d’être pris pour un con.

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