« Somewhere » : quelque part Sofia, tu t’es foutu de notre gueule

Pour cause de rhume de la décennie, je n’étais pas physiquement en état hier pour aller voir Somewhere, le nouveau film de Sofia Coppola, et pourtant, j’ai traîné mon nez rouge et mes mouchoirs sales et éparpillés dans le cinéma. Applaudissements. Déjà, sans rien faire, le film m’énervait. Je vous l’accorde, c’est totalement injuste et injustifié mais oh, toi même tu sais que le Fervex, ça peut parfois te faire délirer un peu.

J’avais déjà senti l’agacement poindre lors du visionnage de la bande annonce : même topo que sur les précédents films ou j’ai rêvé ? J’ai préféré voir ça de mes propres yeux (« C’est Sofia Coppola merde !« ). On ne se refait apparemment pas : Sofia Coppola aime les petits riches tristounets parce que « le fric, c’est pas la vie, ok ?  » et les bombasses blondes pré-pubères qui font la gueule. A une époque darling, j’aurais pu te répliquer que « c’est ton choix » parce que tu excellais dans le genre mais, malheureusement pour toi, Évelyne Thomas et sa philosophie de tolérance exacerbée sont interdites par décret sur tout les médias depuis 2003.

Premier sourcil levé (le droit, celui de la surprise primaire) sur la scène d’ouverture. Aïe, ça part mal ça Sofia. On a droit à une voiture qui en jette et tourne sur un circuit. On voit un tour. Puis deux. Ça passe. Ah tiens, un troisième. C’est un peu long quand même. Pourquoi pas un quatrième, j’préfère les chiffres pairs. Gloussements dans la salle. Mettons le doigt sur ce qui fâche Sofia, on était presque gênés pour toi. Au bout de seulement trois minutes. Rah ça part mal, je te dis.

On découvre Johnny Machin, acteur hollywoodien désespérément seul et perdu dans sa vie toute plaqué or, qui s’est cassé le bras. Il ne voit pas beaucoup sa fille Cléo, sauf pour qu’elle lui dessine un cœur sur son plâtre ou pour aller la voir patiner. Du coup, pour mieux comprendre qu’elle patine, pour mieux déterminer quelle est la matière de son justaucorps quand elle patine, on a droit à toute la choré sur laquelle elle patine. J’vous ai dit qu’elle patinait ? On ne sait jamais, entre deux somnolences, j’aurais pu zapper ce détail.

Pour la suite, ce n’est pas l’envie qui m’en manque, ni le Fervex qui m’en empêche, mais je n’ai rien de plus à vous raconter. Parce qu’il ne se passe plus rien, à part les choses complètement tarées de la vie de Johnny Truc qui doit s’occuper de sa fille parce que son ex-femme a « besoin de temps, tu comprends ? « . Syndrome Kramer contre Kramer flagrant.

Deuxième sourcil levé (le gauche, l’ahurissement total) sur ce terrible constat : on m’a servi du vide à ingurgiter. « Minimaliste » diront certains. Appelez cela comme bon vous semble, mais vendre une histoire sans histoire, c’est un art qui fait parti du domaine du déjà-vu et qui n’a plus vraiment la cote. En robots disciplinés, on a gentiment pris ce que tu nous donnais, en faisant un peu la grimace quand même parce que les rations étaient assez maigres. J’ai mis fin à ton histoire plusieurs fois en croisant les doigts bien fort, susurrant « là, c’est la fin« . Ben non, il y avait encore du vide en rab.

En parlant de famille : n’est pas la fille de son père qui veut. Ouais, c’est un peu tiré par les cheveux, et j’suis allée la chercher loin cette réplique mais bon sang, c’est vrai Sofia. Ma main à couper que si tu t’appelais Yolande Moreau Raymonde Martin, tu n’aurais pas reçu un seul kopeck pour assouvir tes désirs cinématographiques sans grand intérêt pour ce film.

Tout est sujet à comparaison : on voit « Lost in translation » dans la solitude des personnages, on perçoit « Virgin Suicides » dans la candeur et la blondeur de Cléo, on peut imaginer un peu de « Marie Antoinette » dans les bringues de Johnny Bidule. On a même un clin d’oeil plus ou moins voulu à Californication avec papa et sa fifille qui jouent à Guitar Hero. Y’a pas à dire : le réchauffé, ça vous comble plusieurs minutes où l’on ne savait pas quoi dire. Voire 1h38.

Toutes les images ayant pour vocation de nous faire pousser des « oooooh la belle bleue ! » , « aaahhh quelle vision symbolique de la vie ! » n’ont pas eu l’effet escompté sur moi. Attention, la photographie est magnifique, bien pensée et élégamment agencée mais beau…coup…trop…lente…pour…un…film. Je suis prête à parier que tu voulais jouer sur une « pôôôésie citadine et môôôderne de l’image et de ses pôôôssibles interprétations« . Les dialogues sont réduits au minimum, je me serais presque cru dans Gerry de Gus Van Sant, la maîtrise en moins. Quand j’ai voulu m’amuser à compter les dialogues à la moitié du film, il était déjà trop tard.

« Merde, j’ai dû en louper au moins deux, j’suis perdue dans mes calculs de rien là. »

Nein Sofia, je ne sais pas, demande à Papa comment il fait pour faire parler ses personnages même quand ils ne prononcent pas un mot, ou replonge-toi dans tes premiers chefs d’œuvres pour t’abreuver de ce talent que l’on te connait. Mais ne te sens pas obligée de pondre un film tous les cinq ans pour aboutir à Somewhere. Je peux être patiente quand je veux.

Au regard de cette appréciation, je n’ai presque plus qu’à espérer soit que ma mémoire me joue des tours et noie ce film dans le reste de sa filmographie, ou que je revoie par inadvertance ce film dans dix ans pour me dire « oh quelle côôônne j’ai été de juger si méchamment cette ôôôeuvre d’art cinématographique » . A part ça, honnêtement Sofia, je ne vois pas.

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